Menu

Prématurité et deuil de grossesse

vendredi 17 mars 2017

 http://mamandejumelles.blogspot.com/2017/03/prematurite-et-deuil-de-grossesse.html




Quand on accouche prématurément, il nous faut faire un deuil: le deuil de sa grossesse.

Je ne parle pas du deuil périnatal ou postnatal, car j'ai la chance d'avoir mes deux petites filles en forme et surtout en vie.

Malgré tout, il faut accepter le fait qu'on n'a pas pu mener sa grossesse à terme, et ce n'est pas si facile que ça...

Pour moi, c'est une blessure profonde qui ne guérit pas.


🚼 Une grossesse "hors normes":


J'avais déjà fait un trait sur l'espoir de vivre une grossesse normale.

Parce que quand on attend deux bébés, le suivi est plus important que pour un seul bébé.

echographie-grossesse-gemellaire-jumeaux
6 SA
Et quand on attend des "vraies" jumelles (grossesse monochoriale bi-amniotique pour ma part: un seul placenta mais deux poches), on a la (mal)chance d'avoir un suivi encore plus lourd.

Cette surveillance accrue est justifiée par le fait que ce sont des grossesses plus risquées, même si on a aucun antécédent familial, même si on est en pleine forme.

J'avais donc une échographie tous les quinze jours (au final, 9 échographies en cinq mois). Ce qui est super, c'est de voir ses bébés aussi souvent, et d'être rassurée à chaque fois. Mais ça veut aussi dire beaucoup de rendez-vous, et inévitablement beaucoup de stress.

Mais finalement, j'avais beau être très suivie, je ne me sentais pas "en danger", je me sentais forte, je n'imaginais même pas un instant que j'accoucherais si tôt.

echographie-grossesse-gemellaire-jumeaux
15 SA
Surtout que je ne vivais pas une grossesse si compliquée: aucune nausée, juste une extrême fatigue.

Les trois premiers mois, j'étais obligée de faire une sieste tous les midis sur la banquette arrière de ma voiture, sinon je m'endormais au travail, et le quatrième mois je me suis arrangée avec mon employeur pour faire deux jours de télétravail par semaine.

A cause de cette grosse fatigue, qui devenait dangereuse vu que j'avais 40 minutes de route pour me rendre sur mon lieu de travail, je risquais de m'endormir au volant. Donc ma gynéco m'avait mis en arrêt dès quatre mois et demi de grossesse.

Je passais donc mes journées dans mon lit, ou dans mon canapé, à regarder des séries, lire des bouquins, surfer sur internet, et à me reposer (et à me rendre à mes multiples rendez-vous de suivi...).

Je commençais à les sentir bouger, à me sentir moins fatiguée. Bref, je commençais à en profiter...

En plus, je me sentais bien en étant enceinte: pour une fois j'avais une bonne raison d'avoir du ventre!


🚼 Les préparatifs:


La séance photos de grossesse:


4 mois de grossesse
C'est une sorte de tradition, beaucoup de futures mamans veulent immortaliser leur joli bidon, parfois même en organisant des séances chez un photographe avec le papa, et les autres enfants s'il y en a déjà.

Pour ma part, je n'ai que très peu de photos de moi enceinte. Forcément, on a pas eu le temps...

Au début, ça ne se voyait pas...

Et quand ça a commencé à se voir, je ne le savais pas encore mais il ne me restait déjà plus très longtemps à avoir un gros ventre...

J'avais demandé à ma mère de venir chez moi faire une petite séance photos, pour faire des tests, avant de faire une "vraie" séance avec mon mari. 

La photo mise en tête d'article a été prise à cinq mois de grossesse, et c'est la dernière photo de moi enceinte que j'ai (celle qui est ici à côté a été prise à quatre mois de grossesse).

Car finalement, on a pas eu le temps de faire cette deuxième séance photos...


Les préparatifs à la maison:


Ces préparatifs font partie des joies de la grossesse: pouvoir préparer un petit cocon, imaginer la vie avec ses bébés, prendre son temps pour choisir et comparer le matériel de puériculture...

Mais j'ai été privée de ce bonheur: les préparatifs ont dû se faire après la naissance, entre deux allers et retours à l'hôpital, ou sur internet pour gagner du temps.

Heureusement, nous avions quand même déjà acheté quelques petits trucs pour profiter de promos ou par coup de cœur, et j'avais également récupéré des affaires de ma sœur qui avait déjà eu deux filles.

Pour tout le reste, il a fallu faire à la hâte, car nous passions tout notre temps libre à l'hôpital.


🚼 L'hospitalisation en "grossesse pathologique":


Une semaine tout pile avant mon hospitalisation, j'ai eu un rendez-vous de suivi à l'hôpital. Tout allait bien à l'échographie. Quant à l'examen gynécologique, il était normal aussi: le col était fermé.

Par contre, je me suis plainte de pertes un peu colorées, et le gynéco m'a donc prescrit une analyse de sang et d'urine. Il n'avait cependant pas du tout l'air alarmé à ce sujet.

Mais je suis sortie de ce rendez-vous complètement traumatisée: le gynécologue m'avait mis une pression phénoménale sur le fait que je devais me reposer (ce que je faisais déjà!!, puisque j'étais en arrêt maladie depuis un mois, et donc alitée mais chez moi), m'a même menacé de m'hospitaliser s'il le fallait afin d'être sûr que je me repose vraiment (il croyait peut être qu'avec mon ventre de cinq mois de grossesse gémellaire je passais mes journées à jouer au tennis??), et m'a déconseillé toute relation sexuelle (allez hop, monsieur n'à qu'à "se la mettre derrière l'oreille" comme on dit!).

Il m'a fichu une trouille bleue. Je n'ai pas craqué devant lui, mais ensuite je suis allée dans ma voiture et j'ai fondu en larmes. J'ai eu beaucoup de mal à apaiser mes sanglots. En plus, quand on est enceinte, on a déjà tendance à être un peu à fleur de peau, je suis sûre que vous voyez de quoi je parle...

Bref, comme ça au moins s'il arrivait quelque chose par la suite, il avait déjà bien préparé le terrain pour que je me sente coupable, vous ne trouvez pas??

La semaine suivante, ce même gynécologue a débarqué dans ma chambre d'hôpital en service grossesse pathologique pour me demander d'emblée "ben alors ma petite dame qu'est-ce qui s'est passé?". Ben oui, parce que je le savais sûrement mieux que lui hein?!

Toujours ce même gynécologue qui m'a dit un mois après l'accouchement que je devrais songer à perdre du poids, alors même que :
1. mes princesses étaient encore en réanimation néonatale à se battre pour leur vie (et que donc, j'avais autre chose à penser que de perdre mon ventre! ah ben si tiens je vais aller prendre un abonnement dans une salle de sport et aller faire du vélo en salle au lieu de tirer mon lait et de venir faire du peau à peau!)
2. j'avais déjà perdu les six kilos que j'avais pris pendant la grossesse, et il ne me restait donc plus que les kilos en trop que j'avais déjà auparavant (disons 6 kilos en trop peut être mais pas non plus 25 quoi! et même si c'était 25, et alors???!! D'ailleurs, ces 6 kilos en trop, je les ai perdu aussi avec le stress et la fatigue. Puis je les ai repris dernièrement...)
3. et quand bien même, est-ce une chose à dire à une jeune maman, quelque soit le contexte??

Désolée, je suis énervée, j'ai besoin de me défouler, il m'a vraiment marquée... Trois ans et demi après, j'ai toujours du mal à accepter.

Bref, j'arrête de jeter des pierres dans l'eau et je reprends mon histoire:
Le temps de recevoir les résultats d'analyse de sang et d'urine, qui montraient qu'il y avait des signes d'infection mais pas très élevés, c'était déjà trop tard: j'ai commencé à perdre du sang, avoir des contractions, et quelques heures après quand on m'a examiné aux urgences, le col était ouvert, la poche des eaux était descendue, et une de mes puces avait son pied "dans la porte de sortie" (oui, je confirme, je le sentais bouger, et ça me faisait tout bizarre de le sentir à cet endroit là...).

A partir de ce moment là, j'ai vraiment vécu une fin de grossesse cauchemardesque, dans la peur et la douleur. Je n'ai pas compris ce qui m'arrivait, et j'avais tellement de mal à y croire...

J'ai crains pour ma vie, j'ai crains pour la vie de mes bébés. J'ai énormément souffert, énormément pleuré.

J'avais déjà choisi leurs prénoms, mais je n'étais pas encore prête à les rencontrer, je voulais tellement les garder au chaud... 

5 jours de contractions, de douleurs atroces, de pertes de sang extrêmement abondantes, d'examens multiples et incessants, ponctués par mes cris et mes pleurs.

Je ne rentre pas dans les détails, parce que je l'ai déjà fait ici : mon hospitalisation pour grossesse gémellaire pathologique, et que c'était déjà pas simple de le raconter une fois...

Et puis l'accouchement, si rapide et si traumatisant. Je ne voulais pas qu'elles sortent, il était beaucoup trop tôt, mais mon corps en avait décidé autrement. 

Sans parler du fait que je n'avais encore eu aucun cours de préparation à l'accouchement...

Je me suis sentie comme une coquille vide, tellement seule, loin de mes bébés qu'on m'avait tout de suite retirés après un seul bref regard, pas même le temps de les toucher...

🚼 Culpabilité et incompréhension:


Je me suis posée tellement de questions: 
Quelle mère allais-je devenir, moi qui n'étais même pas capable de leur donner toutes leurs chances dès le départ?
On dit que l'amour d'une mère pour ses enfants grandit pendant la grossesse, alors est-ce que j'allais les aimer aussi fort que si je les avais gardé plus longtemps?

Mais j'ai compris dès le premier regard posé sur elles, que mon amour pour ces deux minuscules êtres était déjà très profond, et que je me battrais pour elles jour et nuit, toute ma vie.

Et puis, une fois passé le choc de l'accouchement et des premiers jours en réanimation néonatale, j'ai voulu comprendre ce qui s'était réellement passé.

Pour pouvoir passer à autre chose, avancer... J'avais besoin qu'on me dise que ce n'était pas de ma faute, que je n'aurais rien pu faire.

Le gynéco m'a dit que les accouchements prématurés sont généralement dus:


- à des antécédents: 

Mais je n'en avais aucun! j'avais 29 ans et j'étais en pleine forme, assez sportive, non fumeuse, faible consommatrice d'alcool, jamais goûté une seule drogue. 
Ma mère m'avait eu à terme, j'étais moi même un bébé tout ce qu'il y a de plus normal.
Et la grossesse se passait très bien! Pas de décollement de placenta, col fermé, pas de contractions, les bébés grandissaient bien...

- à une malformation de l'utérus:

J'ai donc fait une hysterosalpingographie (à mes souhaits!), car je voulais être sûre de tout envisager. 
Je précise au passage que cet examen n'est pas du tout agréable, et même un peu douloureux (une broutille après l'accouchement!). 
On m'a d'abord injecté un produit dans l'utérus grâce à une sonde, puis on a vérifié aux rayons X mon utérus et mes trompes. 
RAS de ce côté là bien sûr...

- à une infection: 

C'est la piste qui semblait la plus évidente. 
Mais il m'avait l'air de ne pas se prononcer non plus très franchement sur le sujet... 
Il me disait que c'était surtout pas de chance, que c'était comme ça, qu'on ne savait pas toujours exactement pourquoi, blablabla... 
Je me suis demandée s'il ne se sentait pas légèrement coupable de ne pas avoir réagi tout de suite quand je me suis plainte de pertes anormales.
Mais que pouvait-il faire de plus que de me faire faire des analyses? 
Je n'apprécie guère les réflexions qu'il m'a faites, il a très certainement manqué de tact plus d'une fois, mais je pense ne rien pouvoir lui reprocher sur le plan médical (et c'est quand même le plus important, après tout...).

J'ai donc fais une demande pour récupérer mon dossier médical, où je ne comprends pas un mot puisque c'est du "jargon" médical (autant dire du chinois pour moi). 
Et même si au final c'est très probablement une infection qui a tout fait disjoncter, ça ne me dit pas comment je l'ai attrapé, personne ne peut le savoir, donc pour moi ça ne résout rien malheureusement.


🚼 Des regrets et des peurs:


Je regrette toujours de ne pas être allée plus loin dans ma grossesse, ou d'avoir vécu un accouchement un peu plus normal.

Ces mois entiers de grossesse qui ont été volés à mes bébés, mais aussi à moi, rien ne pourra les remplacer, et je ne suis pas encore capable de raconter notre histoire sans me mettre à pleurer.

Un peu logique, j'ai très peur d'une nouvelle grossesse. Je sais que les mamans ayant accouché prématurément une première fois n'ont pas toujours accouché prématurément une deuxième fois. Pas toujours, mais parfois oui.

Alors je ne me sens pas du tout prête à prendre le risque d'avoir:
- une grossesse ultra surveillée à cause de mes antécédents,
- de nouveau des jumelles/jumeaux: passer de deux à quatre enfants, au secours!!
- encore une grossesse raccourcie qui finisse en cauchemar.

Et pourtant, parfois je me dis que ça pourrait être super, d'être de nouveau enceinte, de sentir la vie grandir en moi, de serrer à nouveau dans mes bras un bébé. Mais chaque fois, je suis rattrapée par le passé.

Quand je vois une femme enceinte, j'ai mal au cœur, je l'envie, et en même temps je suis contente pour elle, j'ai envie de lui dire de profiter, de savourer, qu'elle ne sait pas la chance qu'elle a!

Je ne sais pas si j'arriverai un jour à faire ce deuil de grossesse. Pour l'instant, je n'y suis pas encore arrivée.

Et puis les gens qui ne l'ont pas vécu ne peuvent pas comprendre. ils me disent "mais elles vont bien maintenant". Oui je le sais, mais je suis blessée plus profondément que je ne le voudrais...

Mais j'essaye de moins y penser, de toute façon je ne peux rien y changer. Et je sais que j'ai déjà une chance incroyable d'avoir mes deux petites chéries à mes côtés, qui m'épuisent, mais qui me donnent aussi tant de force!

Car heureusement pour moi, j'ai deux petites princesses pleines de vie, à qui je donne énormément d'amour, et qui me le rendent bien!

jumelles-identiques-sourire
Ouistitiiiiiiii !
Et vous, avez-vous réussi à accepter votre accouchement prématuré, et à faire le deuil de votre grossesse?

Bon courage à toutes celles qui comme moi continuent à souffrir de cette blessure.


Si vous avez aimé cet article, partagez-le!

Je vous conseille également de lire celui-ci: Souvenirs de prématurité.


4 commentaires :

  1. Bon ben moi ça me parle mais je suis en plein de dedans, la prématurité c'est plein de deuils à faire, (j'ai un article à faire à ce sujet d'ailleurs).
    Par contre je trouve ça triste que trois ans après ça soit toujours aussi douloureux. Mais en même temps ça parait tellement évident que ça ne se digère pas comme ça.
    J'espère que le deuil de ton gynéco a été plus facile à faire, parce que j'espère bien que tu as pu changer (non mais cette réflexion sur le poids c'est n'importe quoi!)

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. oui c'était juste le gynéco qui me suivait à l'hôpital, je ne l'ai pas revu après (juste pour la consultation 1 mois après l'accouchement, et ensuite je suis retournée voir ma gynécologue habituelle). Bon courage à toi, il faut s'accrocher, n'hésite pas si tu veux en parler à quelqu'un qui est passé par là, je suis là ;)

      Supprimer
  2. Bonjour,
    je me reconnais vraiment dans ton récit et dans ton deuil de grossesse...
    De mon coté, ce n'est pas très gai non plus : ma première grossesse s'est terminée par un accouchement prématuré à 22SA sans raison particulière a part des douleurs au ventre inexpliquées. J'ai fait tout un tas d'examen (hystérographie compris) et on n'a rien trouvé. Je vous passe les détails de ce deuil périnatal qui m'a profondément touchée.
    Pour ma deuxième grossesse j'ai été arrété à 4 mois et invitée à rester allongée... en fait j'avais bcp de contractions et mon col montrait des signes de faiblesse. On avait enfin trouvé une explication à ma première grossesse difficile. Malheureusement la posture allongée n'a pas suffi et j'ai accouché à 26SA de ma petite fille. Je précise tout de suite qu'elle vient d'avoir 7 ans et que malgré son parcours de début de vie très difficile, elle va très bien et ne présente aucune séquelle de sa prématurité!
    De mon coté sur le moment et dans les années qui ont suivi, j'ai "relativement" bien vécu cette naissance prématurée : à sa naissance j'étais tellement contente qu'elle soit vivante!! et ensuite, j'étais tellement fière d'elle!!
    Par contre, je m'aperçois que je n'ai toujours pas fait ce deuil de grossesse que tu décris si bien.... ma fille est merveilleuse, ce n'est pas la question comme tu le dis. Mais depuis tout ce temps, je suis régulièrement obsédée par l'envie d'avoir un autre enfant et la peur panique que cela représente pour moi d'être enceinte. Le temps passe, on est une famille très heureuse à 3 et il est assez probable maintenant que nous n'aurons pas d'autre enfant. C'est sans doute pour ça que cette blessure se ravive maintenant, alors même que le suivi préma de ma fille se termine (pas de hasard dans nos petites têtes!).
    Bref, tout ça pour dire que ces grossesses "ratées" me font vraiment souffrir et je ne sais pas trop comment m'y prendre pour dépasser tout ça. Comme tu dis, l'entourage n'est pas forcément très à l'écoute et sans doute ne se rend pas compte du traumatisme intime que nous avons vécu...
    Si tu as des pistes, je suis preneuse.... ;-)
    Bonne continuation à toi et à toutes les mamans qui traversent ces difficultés

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Merci beaucoup pour ton témoignage très touchant. Je vois que tu as vécu des choses compliquées aussi... Je suis désolée pour le bébé que tu as perdu. Malheureusement je n'ai pas vraiment de pistes, j'en cherche moi même... Peut être aussi qu'il n'y a pas de solution standard, car chacun vit les choses différemment, et ce qui peut aider une personne peut ne servir à rien pour une autre (pour moi personnellement les psychologues ne servent pas...). Par contre je sais que ce qui me fait du bien c'est d'écrire sur ce qui me fait souffrir, car même si c'est douloureux d'y repenser, au final ça soulage. Et en parler avec d'autres personnes qui comprennent (ici sur mon blog, mais aussi sur les réseaux sociaux sur des groupes dédiés). Bon courage à toi!

      Supprimer