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Quel avenir pour les prématurés?

mercredi 15 novembre 2017

 https://mamandejumelles.blogspot.com/2017/11/quel-avenir-pour-les-prematures.html

Un article paru en ligne dans l'Express s'interroge sur le devenir des bébés nés prématurément. L'article, "Que deviennent les enfants prématurés?", date déjà de 2010, mais a de nouveau circulé de nouveau sur certains réseaux sociaux, et je suis donc tombée dessus un peu par hasard. 

Voici le lien vers l'article: http://www.lexpress.fr/actualite/societe/sante/que-deviennent-les-enfants-prematures_848610.html

Me sentant concernée, je suis allée lire l'article, et je ressens le besoin de vous en toucher quelques mots... Ce sont bien sûr mes opinions, et elles n'engagent que moi...

A la lecture de l'article, on a l'impression qu'il s'agit là d'un argumentaire contre la réanimation des bébés prématurés: en gros, on ne leur rend pas service, ni aux parents, et en plus ça coûte cher!

Je noircis un peu les choses, certes, mais quand même...


Les séquelles médicales: 




L'auteur de l'article s'interroge: "on réanime de mieux en mieux, mais pour quel avenir?".

D'après cet article, on explique que 40% des prématurés présentent des séquelles, alors que pour les bébés nés à terme, seuls 16% ont un suivi (prise en charge spécialisée).

Puis on nous assène de chiffres pour nous convaincre:
- "A 5 ans 8% des grands prématurés présentent des séquelles graves contre 4% des prématurés "moyens" et 0,3% chez les bébés nés à termes"
- "20% d'entre eux présentent des troubles émotionnels contre 9% dans la population témoin"
- "à 8 ans, 18% des grands prématurés ont déjà connu un redoublement contre 5% seulement des bébés nés à terme"

Seul point positif (enfin... non négatif) : "aucune différence pour ce qui est des troubles de conduite".

Donc vraiment, on ne leur rend pas service, à ces pauvres enfants qui vont grandir avec plein de problèmes physiques et émotionnels. Autant les laisser mourir tout de suite, c'est mieux pour eux.

Comment ne pas se sentir révolté...

Enfin moi ce que j'en retiens surtout, ou plutôt ce que je choisis d'en retenir, c'est que même les bébés nés à terme ont des problèmes de santé, même si les proportions sont moindres. 

Sans parler du fait qu'au final, c'est plus de la majorité des bébés prématurés qui grandit sans aucune séquelle.

Car les progrès de la médecine ne concernent pas que la réanimation, mais aussi le suivi post natal, qui permet de réduire et de prendre en charge les dites séquelles.




Les séquelles psychologiques:


"La culpabilité des mères
Reste que ces stastitiques brutes ne disent pas tout. Elles ne disent pas le coût supplémentaire engendré pour les familles (lien). Ni l'angoisse des parents, celle des mères en particulier qui «se sentent souvent coupables», note Myriam Dannay, psychologue clinicienne. Coupables ? à tort évidemment - d'avoir trop travaillé durant leur grossesse, d'avoir fait (un peu) la fête,  d'être sortie faire une course...  
Les statistiques ne disent pas, enfin, la difficulté pour les parents de s'attacher à un petit être dont ils ne savent pas s'il va survivre. Ni les peurs qui surviennent, des années plus tard, au moindre «raté» (il ne mâche pas les gros morceaux, il tient mal son stylo...), interprété comme une conséquence de la prématurité. Car les statistiques ne disent jamais la «vraie vie». "
Je ne peux que reconnaître qu'en effet, la maman se sent très souvent coupable, et que les parents peuvent avoir des peurs ou des angoisses assez fortes par la suite.

Mais je m'interroge tout de même: est-ce que les parents de bébés nés à terme sont donc tous confiants, rassurés, et sereins?? Ce n'est pas tellement mon impression...

Et considérons maintenant l'autre alternative: ne pas réanimer le bébé prématuré. Engendrant donc un deuil.  La maman vient de perdre son enfant: ne pensez-vous pas qu'elle se sentira tout autant coupable? Est-ce que la blessure émotionnelle infligée par la mort de son enfant serait moins forte que celle vécue par la survie, certes difficile, de celui-ci? Je n'en suis franchement pas si sûre...

Un autre point me donne envie de hurler : "la difficulté des parents de s'attacher à un petit être dont ils ne savent pas qu'il va survivre".
Est-ce que j'ai ressenti une bouffée d'amour étouffante en voyant mes filles quelques heures après l'accouchement dans leur couveuse? Non, peut être pas. Mais c'était autre chose: l'inquiétude, bien sûr, mais surtout l'envie de me battre pour elles.

Pensez-vous que des parents prêts à passer des mois auprès de leur tout petit enfant, à lui prodiguer des soins, à faire du peau à peau, à faire tout ce qui est en leur pouvoir pour accompagner leur bébé dans son combat pour la vie, pensez-vous que ces parents aiment leur enfant moins fort que les parents de bébés nés à terme?


L'aspect financier:


Et pour finir le coup de grâce, l'argument ultime: les bébés prématurés, ça coûte affreusement cher! "10000 euros supplémentaires pour un prématuré!".

Ah oui, c'est sûr, argument incontestable... Faisons donc des économies en arrêtant de sauver des vies.

Laissons la sélection naturelle se faire : allez hop, éliminons tous les handicapés au passage, eux aussi coûtent cher! Et euthanasions toutes les personnes à la retraite aussi, tant qu'on y est! (Je suis bien sûr ironique, juste au cas où vous auriez un doute).

Et en attendant ça nous évite de chercher des vraies solutions pour faire des économies ailleurs...

Je sais que tout cela n'est pas dit dans l'article, et que c'est moi qui vais plus loin.

Mais honnêtement, si on poursuit la réflexion, c'est dans ce sens qu'elle nous mène...



Somme toute, cet article se base sur des chiffres, et les chiffres sont ce qu'ils sont, certes, mais je pense tout de même qu'on peut en déduire plusieurs interprétations...

Bien sûr, mon point de vue est sans doute biaisé du fait que je suis moi même maman de bébés prématurés. 

Mes filles sont nées à 25+2 (grosso modo, à 5 mois et demi de grossesse), et faisaient 640g et 720g.
Certes, je me plains parfois que nous traînons un lourd bagage sur tous les plans: physique, psychologique,...

Mais pour rien au monde je n'aurais préféré vivre le deuil de mes filles, et je suis prête à surmonter tous les obstacles que la vie nous enverra pour le bien être de mes deux petites princesses.


8 commentaires :

  1. Je n'ai pas lu l'article mais rien que ce que tu cites ne me parait pas très convaincant non plus. On interprète des chiffres comme on veut et clairement, ce n'est pas comme ça que je les aurais interprétés également!

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    1. Oui c'est bien le problème : c'est bien beau de donner des chiffres, mais après chacun peut en déduire ce qu'il veut... je préfère mon interprétation (en toute objectivité bien sûr hahaha)

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  2. En effet cet article manque cruellement d'humanité. Et dire que 8% des grands prématurés ont des séquelles c'est quand même une façon très orientée de dire les choses ! Parce que cela signifie surtout que 92% d'entre eux n'ont PAS de séquelles !! Bref je comprends tout à fait ton point de vue et ton agacement.

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    1. Merci Madame Lavande! Je suis contente de voir que je ne suis pas seule à avoir cette réaction ;)

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  3. Je n'ai pas lu cet article mais de ce que tu en dis, cela a l'air surtout d'être des chiffres mis bout à bout sans une once d'humanité ou de coeur... Tu as bien raison de réagir. ET de toute façon, aux chiffres, on peut leur faire dire ce que l'on veut !!

    Virginie

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    1. Oui il faut toujours savoir prendre du recul par rapport aux chiffres qu'on nous présente, et surtout à la manière dont on nous les présente!! je ne suis pas moi même forcément objective vu que a me touche personnellement mais j'avais envie de donner mon interprétation ;)

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  4. Je ne connaissais pas cet article mais on dirait bien qu'il manque clairement d'humanité comme le dit Madame Lavande... Merci de l'avoir partagé même si je comprends bien ta colère !

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    1. Merci Julie Olk ;) oui comme tu dis, ça manque d'humanité tout ça... c'est triste...

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